Etude ethnologique des bals folk

Voici quelques extraits d’un mémoire réalisé par une étudiante en ethnologie en 2005. Je tiens à la remercier d’avoir accepté que des extraits de son travail soient diffusés. Cette étudiante était venue observer plusieurs bals folks animés par La Gibernotte et avait interviewé Patrick et Gilles.

 

(…) Les différentes tranches d’âge de danseurs :

La plupart des danseurs sont d’âge moyen. On trouve cependant quelques vieux danseurs, notamment un couple d’au moins 80 ans que j’ai vu à plusieurs bals et qui avait un maîtrise de la danse assez impressionnante. Beaucoup viennent en famille et il y a donc de jeunes enfants qui courent un peu partout dans la salle et prennent parfois part au danses, guidés par les adultes. Il y a quelques danseurs qui ont la trentaine et peu d’adolescents et de jeunes gens, en général pas plus d’une quinzaine. La moyenne d’âge baisse cependant considérablement lorsque les bals sont organisés par des institutions de jeunesse : j’ai observé un bal organisé par une école maternelle et un bal organisé par l’aumônerie d’Epinal. Dans le premier cas, les enfants, initiés par leurs instituteurs, étaient accompagnés de leur famille, ce qui constituait une première approche du bal pour beaucoup, dans le deuxième cas il y avait beaucoup plus d’adolescents que d’habitude puisque les jeunes de l’aumônerie participaient au bal et avaient pour la plupart amené des amis ou/ et leur famille.

            La moyenne d’âge s’explique par l’histoire du folk. Beaucoup de danseurs sont issus de la première vague du folk en France dans les années 1970. En outre, le bal folk n’est pas un loisir qui attire de premier abord les jeunes. En effet, le folk est touché par l’image de ringardise et de passéisme accolée aux groupes folkloriques. Il peut donc être considéré comme un loisir « pour les vieux » qui vivent dans la nostalgie et « hors de la société moderne ». Il est également touché par la désaffection pour les danses de couple ces deux dernières décennies. Enfin, effet boule de neige, le fait que la fréquentation soit avant tout celle de personnes d’âges murs peut dissuader une jeunesse désireuse de rencontres au sein de sa classe d’âge.

(…)

 

Le recrutement du folk

            Les danseurs qui viennent au bal sont pour la plupart des habitués de ce genre de manifestation. Quant aux danseurs débutants, la plupart se recrutent par le bouche à oreille puisque la publicité pour le bal se fait de bal à bal, ou sur des sites internets consacrés au folk. (…) Les nouveaux danseurs sont donc pour la plupart amenés par des amis. (…) La rencontre avec le folk peut aussi se faire par hasard,  comme pour Patrick, un des musiciens de La Gibernotte : 

 « J’étais à Verdun, je m’ennuyais, je suis allée dans la salle des fêtes je sais pas qui c’est qui organisait mais c’était pas mal, et puis j’ai vu un barbu, une soixantaine d’année, qui dansait, c’était merveilleux, ça m’a tapé dans l’œil. Donc je lui ai demandé comment t’as appris ça ? Et puis je l’ai suivi. ».

 

Une danse, des façons de danser

            Le bal étant ouvert à un public de danseurs de tous âges et de tous niveaux, le style des danseurs et leur façon de danser est forcément très hétéroclite. Il y a en effet des danseurs confirmés et des danseurs débutants, des enfants, des adultes jeunes ou moins jeunes… La façon de danser est évidemment également tributaire du caractère et de l’individualité de chaque danseur.

           A côté de ceux qui fréquentent les ateliers ou qui ont une grande pratique du folk, et qui possèdent ainsi une certaine assurance dans la danse, on relève d’autres attitudes qui sont en général celle des danseurs débutants. Ceux-ci peuvent se diviser en plusieurs catégories.

 Les enfants qui accompagnent leurs parents s’intègrent parfois à la danse, mais la salle de bal est aussi un espace de jeu.

Les débutants, jeunes ou moins jeunes, qui tachent de suivre et d’apprendre les pas. Ils ne peuvent participer à toutes les danses vu le degré de spécificité de certaines et les limites que pose l’apprentissage au premier abord d’une nouvelle forme d’expression. Ils essaient souvent de copier le pas de la danse et concentrés sur le visuel, ne sont parfois plus dans le rythme.

Enfin, les adolescents ou jeunes gens débutants qui viennent en groupe. Ils participent à la danse et cherchent à intégrer les pas. Cependant, leur attitude révèle souvent la recherche d’un plaisir immédiat dans la danse et moins d’un souci d’apprentissage. Cette attitude est assez facile à expliquer par la désaffection ces dernières décennies des danses de couple et danses où il faut apprendre les pas. En outre, cette attitude exprime d’une certaine façon la volonté de se démarquer du reste des danseurs pour former un groupe spécifique régi par ses propres codes. C’est aussi une façon de se justifier d’une participation à un loisir qui pourrait paraître passéiste ou du moins non-conforme aux activités « de jeunesse».

Ces différentes façon de danser s’intègrent néanmoins au sein de la communauté que crée la danse, certains recherchant plus ou moins d’esthétisme et tous le plaisir de danser.  (…)

            Ainsi enfants, adulte, danseurs confirmés, néophytes dansent ensemble sans distinction, j’ai même participé un jour à un bal où des parents avaient emmené leur fils qui était handicapé mental, celui-ci était intégré à son rythme dans la danse et aidé par les danseurs. Il est vrai cependant que certains danseurs confirmés peuvent faire preuve d’impatience face à la maladresse ou à l’ignorance de néophyte ou refuser une danse à un débutant pour le plaisir de danser avec un danseur confirmé, mais cette attitude est rare. (…) Notons enfin que certaines personnes viennent au bal sans danser, mais simplement pour écouter la musique ou discuter, ce qui est révélateur du fait que ce n’est pas uniquement la danse qui provoque la sociabilité, mais que c’est aussi le partage de la musique, d’un état d’esprit, la création d’une communauté pour l’espace d’une soirée.

 

La place du bal dans la société moderne

            La danse n’est pas un acte innocent, vecteur d’un seul plaisir physique : elle est langage, sociabilité constante envers les autres. C’est cette communication corporelle, rythmique et musicale qui prédomine dans le bal et que recherchent les gens. Il vise à palier au manque de relations proches provoqué par la déconstruction des liens de solidarité dans la société postmoderne. (…)

 

Conclusion

« (…) Ce qui est recherché avant tout est le plaisir, même si le partage de ce plaisir dans la danse y contribue grandement. C’est ce que disait déjà Miss Pledge il y  a soixante ans : «  Le chant et la danse populaire restent le meilleur moyen de créer rapidement un sentiment d’ensemble dans un groupe où les gens ne se connaissent pas. Pourquoi n’aurions nous pas en France des réunions où l’on vient danser et chanter pour le plaisir de danser et chanter ? ». Et pour finir sur ce sentiment d’enthousiasme que provoque souvent le bal folk chez les néophytes ou les danseurs plus confirmés, je laisserais le dernier mot à Gilles et à Patrick, musiciens de La Gibernotte : « Tu viens au folk parce que tu es frappé par l’enthousiasme. Donc c’est vrai que tu peux très bien adhérer mais si tu adhères, ça y est t’es pris. » (Gilles)  «  T’es foutu quoi ! T’as la piqûre » (Patrick). »

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus